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La répression de la société civile se poursuit en Pologne

 FONTE EQUALTIME.ORG

La répression de la société civile se poursuit en Pologne

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Graffiti on a wall outside the Palace of Culture in Warsaw says: “I, a common individual, I am calling to you! Wake up!” The quote comes from the manifesto of Piotr Szczęsny, a chemist who set himself on fire nearby on 19 October 2017, in protest against government policies. He died 10 days later from his injuries.

(Marta Kucharska)

Un graffiti peint à la bombe avertit les passagers à l’extérieur de la gare d’Ochota, dans le centre-ville de Varsovie : « Réveillez-vous. Il n’est pas encore trop tard ». Il s’agit d’une citation tirée des tracts éparpillés par Piotr Szczęsny avant de s’arroser de liquide inflammable et de s’immoler par le feu devant l’emblématique Palais de la Culture en octobre.

Szczęsny, qui décéda 10 jours plus tard, accusait le gouvernement nationaliste d’enfreindre les règles démocratiques, de créer des divisions entre les citoyens, de détruire les forêts de la Pologne et de réprimer la société civile. Se décrivant comme « un citoyen banal et ordinaire », il avait également indiqué combattre une dépression, mais que sa vision de la réalité n’était pas déformée, seulement plus lucide que celle des autres personnes qui la partageaient, y compris de nombreuses ONG.

« Les organisations non gouvernementales sont la cible de l’État, » déclarait récemment Anita Kucharska-Dziedzic de Baba, une association locale qui aide les victimes de violence domestique, sur Radio Tok FM. En octobre, le lendemain de la marche organisée par des groupes de protection des droits des femmes contre une loi sur l’avortement et la restriction de l’accès aux contraceptifs d’urgence, la police effectuait des perquisitions dans les bureaux de Baba et d’autres groupes à Varsovie, Gdansk et Lodz.

Ils confisquaient des documents et des ordinateurs au motif qu’ils cherchaient des preuves d’actes répréhensibles présumés au sein du ministère de la Justice sous l’ancien gouvernement (qui avait soutenu financièrement ces organisations). Ils ont prétendu que le moment choisi pour ces perquisitions était une coïncidence du calendrier. Les groupes de protection des droits des femmes ont toutefois dénoncé ces descentes et ont déclaré faire l’objet d’intimidations.

Les politiques du gouvernement ont suscité de vives critiques de la part de l’Union européenne et de groupes internationaux de défense des droits. « Alerte ! » a tweeté le président du Conseil européen Donald Tusk, ancien Premier ministre polonais, qui a déclaré que ses concitoyens ne devraient pas dormir paisiblement sous la direction du parti Droit et Justice.

Beata Szydło, alors Première ministre, a réagi en accusant Tusk de s’attaquer à son pays d’origine. Mais le gouvernement, aujourd’hui dirigé par Mateusz Morawiecki, l’ancien ministre des Finances, risque également de perdre son droit de vote au Conseil européen, le Parlement européen ayant récemment décidé de préparer une demande formelle pour lancer la procédure.

La question de savoir si Morawiecki, un ancien banquier international qui a prêté serment comme Premier ministre le 11 décembre, changera le traitement réservé aux ONG par le gouvernement reste en suspens.

En octobre, Amnesty International a critiqué la Pologne pour atteinte à la liberté de réunion.

Son rapport intitulé « La Pologne dans la rue pour défendre les droits de l’homme » documente des cas de harcèlement et de surveillance, ainsi que les poursuites engagées contre des manifestants opposés au gouvernement. Le rapport dénonce les mesures inutiles et disproportionnées prises par les autorités à l’encontre de leurs adversaires politiques qui expriment leurs convictions dans le cadre de manifestations spontanées.

« Le gouvernement polonais tente d’effrayer les personnes qui souhaitent protester pacifiquement, » a déclaré la chercheuse Barbora Černušáková d’Amnesty Pologne dans un communiqué de presse qui accompagne le rapport. Elle a également ajouté que la place de la société civile active se réduit en Pologne.

Malgré la controverse, le parti Droit et Justice au pouvoir, dirigé par Jarosław Kaczynski, reste néanmoins puissant. Selon le bureau d’enquête CBOS, le soutien du gouvernement était de 45 % en novembre, soit 11 points de plus que tous les partis d’opposition réunis.

Pression et contre-pression

Bien que l’opposition au gouvernement soit faible au Parlement, les activistes mettent la pression. Mobilisées par la grève nationale des femmes, des dizaines de milliers de femmes sont descendues dans la rue et ont réussi à empêcher une interdiction totale de l’avortement en octobre 2016. Au cours de l’été 2017, le président Andrzej Duda a opposé son veto à deux textes de loi controversés — qui lui auraient donné des pouvoirs étendus pour nommer et congédier des juges — sous la pression de manifestations nationales.

« Je suis intimidée, mais je n’ai pas peur, » déclara Joanna Pawluśkiewicz à Equal Times. Pawluśkiewicz est une activiste d’Obóz dla Puszczy (Camp pour la forêt), un groupe opposé à la politique forestière du gouvernement dans la forêt primaire de Białowieża qui va à l’encontre de la Cour de justice européenne.

« Des actions de répression sont prises contre nous ; notre camp est sous surveillance, par exemple. Mais cela ne me fait pas peur. Au contraire, cela me pousse à agir, » déclare-t-elle. « Je me moque d’être harcelée par la police. La seule victime ici est la forêt de Białowieża. »

Le 9 novembre, Obóz dla Puszczy a bloqué les bureaux de l’organisation gouvernementale qui gère les forêts polonaises à Varsovie. À la fin de la journée, ils ont été expulsés manu militari par la police, ils ont été menottés avant de faire l’objet de fouilles corporelles et 22 manifestants ont été accusés d’avoir porté atteinte à l’ordre public.

Kasia, l’une des militantes détenues, qui n’a pas souhaité donner son nom de famille par crainte de représailles, a déclaré à Equal Times : « Ils nous ont menottés avec les bras derrière le dos, ce qui est illégal puisque nous n’étions pas dangereux et que nous ne nous défendions pas. […] Ils ont appliqué une procédure accélérée réservée au règlement des affaires contre les hooligans. »

Un député du parti Droit et Justice, Wojciech Skurkiewicz, a loué les opérations de police contre les militants. En tant que membre du Comité de protection de l’environnement de la chambre basse du Parlement, il a déclaré à la radio conservatrice religieuse Radio Maryja que ces « écoterroristes » s’étaient comportés de manière illégale et scandaleuse, avertissant que si de tels actes se reproduisaient à l’avenir, la police serait contrainte de prendre des contre-mesures.

Deux jours après cette manifestation, le 11 novembre, environ 60.000 personnes ont défilé dans les rues de Varsovie pour marquer le 99e anniversaire de l’indépendance de la Pologne. Organisé par des nationalistes d’extrême droite depuis 2009, cet événement attire un large éventail de participants, y compris des personnes âgées et des familles avec des enfants.

Certains participants ont toutefois suscité des critiques internationales, car ils arboraient des banderoles portant des symboles néonazis et des slogans suprémacistes blancs comme « Sang pur, esprit clair » et « Tous égaux, tous blancs ».

Des personnalités politiques de haut niveau du parti Droit et Justice, comme le ministre de l’Intérieur Mariusz Błaszczak et Ryszard Czarnecki, vice-président du Parlement européen, ont rejeté ces critiques, qualifiant l’événement de « marche des patriotes ». Błaszczak a ensuite ajouté que l’État polonais ne tolérait pas les slogans antisémites ou racistes, mais que l’utilisation de ce langage par les participants d’extrême droite se situait « en marge de la marge ».

« Effet de blocage » sur la contestation

En décembre 2016, le parlement polonais a adopté une loi qui limitait effectivement le droit à la liberté de réunion. Selon des organismes de surveillance des droits de l’homme comme Amnesty International et le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, cette loi viole les normes internationales.

Le groupe d’opposition Citoyens de la République de Pologne affirme qu’au cours du défilé de la Fête d’indépendance de novembre, la police a appliqué un système de deux poids, deux mesures en expulsant par la force les manifestants antifascistes pacifiques tout en permettant aux participants d’extrême droite de défiler.

« Votre devoir M. Błaszczak était de disperser cette marche fasciste du 11 novembre... la police ne devrait pas se cacher dans les portiques et les rues latérales ; elle devrait intervenir, » déclarait Wojciech Kinasiewicz du groupe Citoyens lors d’une manifestation organisée devant le ministère de l’Intérieur plus tard ce même mois.

Il accusa également la police d’avoir harcelé son organisation parce que ses membres sont opposés au gouvernement.

Selon un rapport récent, la police, le bureau du procureur et les tribunaux ont engagé plus de 600 actions judiciaires contre des citoyens polonais ayant participé à des manifestations antigouvernementales.

Le bureau du médiateur polonais a déclaré que les sanctions appliquées par les autorités peuvent provoquer un « effet de blocage » dans la société et dissuader les citoyens de participer à des rassemblements publics et autres manifestations.

Pour l’instant cependant, le gouvernement continue à se montrer intraitable. Tout comme bon nombre de ses critiques.