Seule face à la justice après avoir été violée

par Françoise De Smedt

Victime d’un viol, Norine raconte son parcourt pour nous permettre de comprendre les barrières à surmonter pour les victimes. Un témoignage qui montre aussi que la justice dans notre pays n’est pas au service des victimes.

Norine a porté plainte au mois de décembre 2016 pour viol. Elle s’est rendue au commissariat de police à Liège où elle a été très bien accueillie.

« On m’a demandé si je voulais que ce soit un homme ou une femme qui prenne ma déposition. Donc j’ai eu une femme et elle a pris 4h30 pour faire ma déposition. Pour avoir les détails et tout ce qui était nécessaire à avoir comme informations s’il devait y avoir un procès. »

Là, on lui a aussi donné les infos pour le service d’aide aux victimes, le suivi psychologique puisque c’est aussi dans la loi. Ainsi que le numéro d’une assistante sociale de la police qui lui a dit qu’elle serait recontactée. Elle s’est rendue également au service d’aide aux victimes de Liège. « Jusque-là tout se passait plutôt bien. »

Un mois plus tard Norine n’avait toujours pas de nouvelles. « J’ai appelé une assistante sociale du parquet. Cette assistante m’a dit : “On n’a toujours pas de nouvelles, je vous resonnerai dans un mois.” Donc deux mois et demi après les faits. Le problème c’est qu’entre temps, je croisais régulièrement le garçon qui m’a violé, ici, à Liège. Ça laisse un grand flou émotionnellement et psychologiquement. Et une peur aussi, on se demande ce que va être la réaction de la personne quand elle va être au courant de la plainte. Ca a duré jusqu’au mois de juin. »

Norine apprend que l’auteur n’a toujours pas été entendu. « Un gros coup de massue… Cela faisait 7 mois et toujours pas de nouvelles. La personne n’est toujours pas entendue. Moi, je stresse en me disant elle était au courant alors qu’elle ne l’est pas. C’était insupportable. »

Des nouvelles… quatre mois plus tard

Elle finit par avoir enfin des nouvelles mais seulement 4 mois plus tard. « Finalement, l’assistante me resonne et là elle me dit le dossier est classé sans suite. C’est complètement fou. Je commence du coup à pleurer. Je raccroche, c’est de nouveau un coup de massue. Et puis elle me resonne ¼ d’heure plus tard pour me dire : “Je suis désolée, je lâche une grosse bombe et ce n’est pas juste, le dossier a été classé sans suite mais il a été rouvert il y a 6 jours. Deux devoirs d’enquête ont été renvoyés…” »

Une manière de faire qui révèle que les victimes ne sont pas entendues, pas prises au sérieux.

Dans le cas de Norine, l’auteur devrait être au courant dans le mois qui suit la plainte, à partir du moment où on lui dit qu’elle sera recontactée dans le mois. Il doit être entendu le plus vite possible. « La moindre des choses, c’est déjà de prévenir, d’avoir des rendez-vous avec l’assistante sociale du parquet pour avoir accès aux informations du dossier. Montrer à la victime que ce n’est pas qu’on ne s’intéresse pas au dossier. Parce que là, j’ai eu le sentiment qu’ils s’en foutaient. Complètement. »

Le minimum est de tenir au courant pour que ce ne soit pas tout le temps la victime qui doit mobiliser son énergie pour avoir des nouvelles. « Surtout qu’on vous propose au commissariat de vous présenter comme personne lésée pour avoir les infos. Mais, dans les faits, c’est aux victimes de demander des nouvelles. »

Le viol banalisé

Le viol est un acte violent, qui touche à l’intégrité physique. Qui génère des traumatismes. Ne pas donner de nouvelles pendant 6 mois, c’est prendre cela à la légère et c’est ne pas voir le viol comme l’acte qu’il est en soi. « C’est un acte violent, une agression physique même encore plus violente car c’est dans son intimité. C’est vraiment une banalisation totale d’un acte barbare. »

Selon Norine, l’accompagnement psychologique l’a sauvé. « Les femmes, le service étaient vraiment incroyables. Il y avait un panel de prise en charge psychologique, du suivi du trauma, des aides pour la respiration, pour gérer l’angoisse. Des possibilités d’aller dans des groupes de parole avec des autres femmes qui étaient victimes aussi de violences. »

« Le besoin d’avoir de bons services comme ceux-là est incommensurable. De savoir aussi qu’il y a des coupes budgétaires là-dedans, ça prouve aussi qu’on banalise les conséquences pour les victimes, qu’on banalise les violences envers les femmes en général. »

Il n’y a qu’une femme victime de viol sur dix qui porte plainte, et seulement 4 % des plaintes qui sont introduites ne sont pas classées sans suite. « C’est très peu mais pas étonnant. Dans mon cas, je vais être réentendue presque un an après. C’est vraiment difficile, vous essayez d’avancer avec ça et on vous fait replonger dedans un an après. »

Norine aurait dû avoir un entretien avec la brigade judiciaire mais il n’y en a jamais eu. « Et je ne sais pas pourquoi. Je n’ai pas envie de rejeter la faute sur les personnes. L’assistante sociale du parquet a tellement de choses à faire, de dossiers à traiter, qu’elle ne voit plus les personnes. Ce n’est pas un problème de personnes, mais structurel. »

Entre-temps, Norine a été entendue par un psychologue à la demande du parquet pour évaluer la consistance de son récit… presqu’un an plus tard…

 

Que peut-on faire pour lutter contre les violences faites aux femmes ? 
L’histoire de Norine est malheureusement partagée par un trop grand nombre de femmes. De près ou de loin, au cours de sa vie, chaque femme est confrontée à différentes formes de violences, parce qu’elle est une femme. Il ne s’agit ni de cas isolés, ni de « faits divers ». Ces violences sont le reflet d’un système qui va à l’encontre des droits des femmes et met à mal leur intégrité et autonomie. 

Largement sous-estimées, elles restent également relayées au second plan des priorités politiques.

Venez manifester le 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

Le PTB, son mouvement de femmes Marianne et son mouvement étudiant Comac, participeront à cette manifestation : 

• En solidarité avec les victimes

• Et pour exiger un engagement massif et global des pouvoirs publics pour qu’ils respectent leurs engagements et remplissent réellement leur rôle dans l’éradication des violences faites aux femmes.

Rendez-vous à la gare du Nord à Bruxelles (aux pieds des marches) à 14h, le 25 novembre 2017